Manhal Issa

Manhal Issa

Transgressions

Exposition de peintures contemporaines

 Visible du 7 au 29 mars 2015

 

 

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Le pinceau de Manhal Issa

 

 Des silhouettes humaines et des végétations,

des fantômes des chevaux rétifs et des ombres tendues

se décomposent, titubent et se laissent choir.

Ce n’est que le tissage des nuages de la couleur ; des nuages dont le pinceau ne cesse de créer l’alchimie.

Et dans ces nuages, se trouvent des danses que la musique des couleurs accompagne.

Dans ces nuages, se trouve un chant que dirige un orchestre fait de lignes, d’ornements et de cercles, 

La toile s’échappe de sa matrice sous forme de bourgeons qui s’ouvrent et des étincelles qui scintillent.

C’est le pinceau de Manhal Issa qui se retourne dans l’eau du commencement.

L’intérieur se révèle au pinceau, tel l’encre d’une artère qui jaillit pour dessiner les reliefs de l’extérieur.

L’intérieur et l’extérieur forment un seul désir ; c’est le désir de deux amants qui se retrouvent.

Chacun étreint le lieu pour célébrer ces retrouvailles.

La couleur du pinceau est un habit des lieux,

comme si un caillou portait l’habit d’une rose, et la rose le châle d’une femme.

Le temps semble sous ces formes partager son corps entre un matin qui veille au seuil de la nuit

et une nuit qui guette ses chevaux dans les forêts du corps.

– Adonis –

L’autre visage des abstractions de Manhal Issa

Les dernières œuvres de l’artiste Manhal Issa (réalisées au cours de l’année 2014) cumulent diverses problématiques de la peinture ainsi que certaines philosophies de création d’œuvres tant anciennes que contemporaines. En effet, je réalise chez lui l’obsession rêvée d’être happé par les débuts de l’abstraction (au milieu du vingtième siècle) ainsi que la volonté de suivre son évolution jusqu’à la tragédie qui a frappé les formes après la seconde guerre mondiale, et l’absurdité de ses échecs abstractifs.

Le style de cet artiste dépasse les limites de l’abstraction lyrique, mais reste lié à une mémoire antérieure à cette période, et ce notamment dans l’usage de la lumière par le cumul de ses couches et dans le jeu d’éclairage des œuvres.

Ces éléments expliquent le passage de Manhal Issa d’un langage artistique subtil (pour éviter de qualifier son harmonie de « statique ») à une folie de peinture et une explosion d’expressionnisme évoquant un volcan en éruption. Cet éclatement résulte, d’après ce que j’ai vu, de la pluralité des problématiques dans l’œuvre et leurs confrontations. Celles-ci balancent (sans la moindre rupture ou contradiction) entre les reliquats de l’abstraction lyrique, dont la page a été tournée pendant les années soixante, et la violence expressive du mouvement Cobra, notamment celle d’Asger Jorn, qui exprimait sa propre vision des années soixante-dix et des années suivantes. Ce balancement synthétique apparaît si dépourvu de toute sorte de fanatisme qu’il pourrait presque s’agir d’une régression réactionnaire ou d’un enthousiasme moderniste, erreur commise par la plupart des artistes de son époque.

Les peintures de Manhal n’assemblent point ce qui ne peut s’assembler en couleurs et en graphisme, mais harmonisent l’expressionnisme contemporain avec une marque radieuse, mélodieuse et mystique.

Afin de mieux comprendre les spécificités de ces deux aspects, qui parfois se rejoignent et parfois s’opposent à d’autres, nous devons examiner indépendamment chaque élément avant de les fusionner, et ce malgré le risque de diviser ce qui n’accepte division en matière d’unité d’expression.

  1. Le sujet

La grande majorité des artistes jeunes de la génération de Manhal Issa sont totalement détachés des requêtes idéologiques dans leurs mères patries et même partiellement détachés de leurs appartenances culturelles. Cependant, leurs œuvres disposent de dimensions humaines, et comment pourrait-il en être autrement alors que la tragédie touche les proches et la société ? La tragédie de la période ne peut être refoulée, et ses échecs ne peuvent éviter le reflet du miroir malgré la distance et l’expatriation. La tragédie de cette époque de meurtre, d’égorgement, de torture, d’exil, d’exode, de massacre d’un nourrisson pour son identité, d’une mère pour son appartenance à une certaine tribu, et d’un père uniquement parce qu’il est toujours en vie malgré le viol de son épouse et de ses filles… La tragédie d’un propre suicide diabolique et la transformation de la surface d’une patrie en cimetières, prisons et champs de batailles où la faux de la mort s’attaque à tout, telle la faux de Hulagu et Gengis Khan ou des Khmer rouges, telle la faux qui s’est abattue sur des villes comme Hiroshima ou Pompéi.

Dans les toiles de Manhal, s’amusent des esprits diaboliques et catastrophiques, des monstres humains zoomorphiques expérimentant la nuit et la vie de sentinelle dans les cimetières. Des créatures aux membres morcelés et dispersés, avec des masques livides de peur, de faim et de mort.

  1. Le graphisme

Souvent, les créatures de Manhal sont dévoilées, déguisées en marionnettes du théâtre d’ombre populaire, et c’est à partir de là que nous entrons dans le domaine du graphisme avec des traits noirs et des empreintes mécaniques qui renforcent la barbarie de l’ambiance de l’œuvre. Des traces de roues de trains, de chars, de bulldozers, de tanks qui se dirigent vers des voies s’opposant aux bords de la toile, dessinant ainsi des angles aigus étranges et provocants. Le noir de ces angles est reflété graphiquement par les morceaux des personnages de « marionnettes d’ombre » fantomatiques et amputées survolant des villes dévastées.

En général, la topographie de la formation du vide repose sur une analyse graphique abstractive, articulée géométriquement, contrairement aux harmonieux fantasmes chromatiques primaires et secondaires.

  1. La couleur sculptée

Les pâtes généreuses, le pinceau tendu et les pigments nets et ardents : voilà où réside l’élément principal. En effet, l’influence chromatique avec ses taches et ses touches harmonieuses, avec ses sculptures et ses matières diverses, avec l’explosion de ses molécules et ses éruptions volcaniques, avec la rage de son pinceau et de ses matériaux, avec l’usage de la main de l’artiste et le frottage direct de ses propres vêtements, avec le jeu des textures aussi différentes dans leurs pigments chauds ou froids, avec l’entassement de légères couches lumineuses, avec tout cela donc l’influence chromatique révèle une grande expérience accumulée par l’artiste dans la maîtrise des techniques d’étalement des couleurs, leur arrangement, leur destruction par recouvrement pour ensuite les construire à nouveau en repartant de zéro.

C’est ainsi que ces surfaces graphiques internes ou masquées apparaissent comme une terre qui ancre l’explosion de la couleur et renforce le côté nocturne du sujet.

Force est de constater que le fusionnement de ces trois éléments distincts n’est pas chose aisée, ce qui fait de l’œuvre une synthèse constitutive et uniforme manifestant la douleur du deuil d’une part, et, d’autre part, la vivacité des jeunes éléments plastiques.

Le produit essentiel de cette synthèse est une œuvre qui se situe au confluent de l’abstraction et de la figuration, de la similitude et de la transcendance.

Assaad ARABI

Artiste français d’origine libanaise.

 Enseignant pendant plusieurs années à l’école des Beaux-Arts de Damas.

 Doctorat en esthétique de l’art à la Sorbonne.

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